Le capitalisme exerce une influence profonde sur notre quotidien. Il modèle notre manière de travailler, mais aussi la façon dont nous occupons chaque instant hors du bureau.
« Le capitalisme est un monstre patiemment apprivoisé au fil des siècles de luttes sociales, qui dévore les individus pour recracher de l’or », écrit le kangourou de Marc-Uwe Kling dans ses chroniques. Cette vision caustique n’est qu’une parmi tant d’autres. Au fond, il s’agit d’un système économique centré sur la recherche du profit, pas sur la satisfaction des besoins humains, le « capital », c’est l’argent, les entreprises, les outils de production.
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D’après de nombreuses analyses et études, le capitalisme occidental aurait tendance à générer du mal-être, de l’individualisme, parfois même un sentiment d’isolement. Pourtant, d’autres voix nuancent ou défendent ce modèle. Un fait demeure : le capitalisme façonne puissamment nos vies, nos choix, nos aspirations, dès le plus jeune âge.
Quelques images percutantes pour illustrer l’emprise du capitalisme

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John Holcroft

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Ce système s’impose au travers de multiples règles, structures et contraintes qui balisent nos existences. En voici dix parmi les plus marquantes :
1. Vivre du travail rémunéré
Dans le capitalisme, gagner sa vie suppose de travailler. Le salariat généralisé n’a véritablement pris son essor en Allemagne qu’à partir des années 1860. Dès lors, le monde du travail s’est structuré autour de grandes entreprises, la subordination à l’employeur s’est imposée. C’est le socle de l’économie actuelle.
L’Agence fédérale pour l’éducation civique (BpB) le souligne : « Il y a eu des gagnants et des perdants, une forte inégalité dans la répartition des revenus, des progrès et aussi des relégations. Tout cela a alimenté la défiance envers ce nouveau système économique, surtout lors des crises majeures de 1873, mais aussi de 1929 et 2008. Avec l’industrialisation, le capitalisme a pris une ampleur inédite, devenant une force collective. »
2. L’identité forgée par l’emploi
Le travail façonne bien plus que notre compte en banque. Il conditionne notre place dans la société. Sans emploi, la marginalisation sociale guette. Travailler ne sert plus seulement à payer les factures : c’est devenu une composante centrale de l’identité. Le métier alimente la plupart de nos conversations, il forge l’image que nous renvoyons aux autres.
La réussite professionnelle est souvent perçue comme le reflet de la réussite dans la vie tout court. Bien au-delà de nos convictions, c’est notre parcours professionnel qui devient l’étalon de notre valeur individuelle. Dans le capitalisme, « tu es ce que tu fais » n’est pas qu’une formule.
3. Confort et pression : le double visage du travail
Jamais le confort matériel n’a autant progressé au travail, grâce à la technologie. Pourtant, plus de 40 % des salariés font état d’une pression et d’un stress croissants.
Ce n’est pas anecdotique : la croissance perpétuelle est un impératif du capitalisme. Les tâches se multiplient, deviennent plus complexes, s’entrelacent. La rapidité s’impose. L’hyper-disponibilité, mails, messageries, notifications, brouille la frontière entre vie pro et vie perso. Beaucoup finissent par travailler après les horaires officiels, par peur de « décrocher » ou par habitude. On s’épuise, parfois on s’y perd. Certains y laissent leur santé, sombrant dans la dépression ou l’épuisement, jusqu’à ne plus pouvoir assurer leur emploi.
4. L’efficacité s’invite dans les loisirs
Le loisir, tel qu’on le connaît, est une invention récente, directement liée au capitalisme et à la réduction du temps de travail. La semaine de cinq jours, la règle des 40 heures… Pour la plupart des actifs allemands, le temps libre est minoritaire face au temps passé au travail. Cela a transformé nos comportements hors du bureau.
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Durant leurs moments libres, beaucoup cherchent à tout rentabiliser : caser un entraînement via une appli entre deux rendez-vous, appeler les parents dans le métro, voir des amis en coup de vent avant un ciné… La course à la productivité a colonisé nos loisirs. Dirk Kurbjuweit, écrivain et chercheur, évoque même dans son livre « Notre vie efficace » la nervosité des marchés qui aurait infusé dans la sphère privée.
5. La disparition des parenthèses imprévues
L’abondance d’activités proposées n’a pas fait émerger plus de temps ; au contraire, elle l’a fragmenté. L’industrie du divertissement et des loisirs explose, mais le temps pour l’imprévu, pour le « vide » fécond, s’est dissipé.
Hartmut Rosa, sociologue, parle d’une « condensation sociale » : à force de tout vouloir faire, on ne vit plus rien pleinement. Les instants imprévus, les rencontres spontanées, les journées sans plan, se font rares.
6. La compétition, moteur et poison
La rivalité imprègne chaque pan de la vie. Sur le marché du travail, il faut savoir se vendre. Pour se loger, il faut justifier ses revenus. Même à l’école, la course aux meilleures notes démarre tôt. Peter Thiel, fondateur de PayPal, note : « On nous apprend vite qu’il faut dépasser les autres pour être reconnu. »
Ce climat nourrit, au-delà de la concurrence, toutes sortes d’exclusions et de discriminations. Beaucoup estiment que le capitalisme valorise l’individualisme, parfois au détriment du collectif.
7. L’ère de l’auto-optimisation
La pression de se dépasser ne s’arrête pas au bureau. Elle s’infiltre dans la vie personnelle. Être le plus performant, le plus séduisant, le plus détendu… La société de l’auto-optimisation prospère, portée par l’industrie du bien-être et les réseaux sociaux.
Nos existences s’exposent en ligne, sous le regard des proches, mais aussi de parfaits inconnus, employeurs potentiels compris. Chacun soigne sa vitrine numérique, se conforme à ce qui se fait, de peur de compromettre une opportunité. La surveillance n’est plus seulement extérieure, elle devient intérieure.
8. L’argent, étalon universel
Le principe de rétribution monétaire remonte au Moyen Âge, quand il a fallu simplifier les échanges. Désormais, tout s’achète, tout se vend, et la valeur s’exprime en euros. Même les alternatives supposées, covoiturage, vélos partagés, fonctionnent sur un modèle marchand.
Le prix devient le premier filtre de décision. On accorde souvent plus de confiance à un objet cher, à tort : les tests alimentaires ou technologiques montrent que le coût n’est pas toujours gage de qualité. La voiture la plus onéreuse n’est pas nécessairement la plus sûre, mais elle symbolise un statut. Peu à peu, l’idée que posséder rend heureux s’installe.
9. Les rapports de pouvoir structurent le quotidien
Dans la majorité des entreprises, la hiérarchie distribue le pouvoir. On débute en bas de l’échelle, puis on gravit les échelons, ou pas. Les supérieurs décident, donnent des ordres, accordent ou refusent des marges de manœuvre. Cela façonne le climat, la confiance en soi, l’ambiance de travail. Il y a des dominants et des dominés, des gagnants et des laissés-pour-compte.
Ces rapports ne se limitent pas à la sphère professionnelle. Dès l’enfance, la pression du résultat s’invite dans la famille : bien travailler à l’école, décrocher un bon emploi, gagner sa vie. Parfois, l’affection parentale semble conditionnée à la réussite.
10. La peur de la chute sociale liée au chômage
Perdre son emploi, c’est risquer la précarité. Nourriture, logement, culture, santé, éducation : tout dépend du revenu. Plus on gagne, plus on peut consommer et participer à la vie sociale.
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Dans ce contexte, la peur de l’exclusion sociale grandit. Beaucoup redoutent le chômage, synonyme de déclassement brutal. En Allemagne, les chômeurs subissent une stigmatisation officielle et sociétale, avec des allocations parfois si basses qu’il devient difficile d’acheter un livre, même une fois par an.
Des alternatives, mais un système qui persiste
Le capitalisme a permis l’enrichissement matériel d’une large part de la population, mais il a creusé de profondes inégalités. Les plus riches voient leur patrimoine gonfler, l’écart se creuse.
Ceux qui contestent ce système sont nombreux, mais rares sont ceux qui peuvent réellement s’y soustraire sans risquer la marginalisation. Des alternatives comme le socialisme existent : les moyens de production appartiennent à l’État, la gestion collective remplace la compétition. On évoque aussi des modèles de société post-croissance ou des variantes plus démocratiques.
Mais tant que le « grand renoncement » n’aura pas eu lieu, le capitalisme continuera de régner sur nos vies. Certains veulent le réformer, d’autres n’y croient plus. Comme le dit le kangourou critique de Kling, le monstre capitaliste n’a jamais eu autant d’appétit, et il faudra plus qu’une poignée d’or pour lui couper l’appétit.

