Oubliez la croyance selon laquelle les bactéries n’habitent que dans les laboratoires ou sous les microscopes : elles sont partout, même là où on ne les attend pas. À la maternelle Filia du Diakonisches Werk Steglitz et TeltowZehlendorf e.V., les enfants se sont transformés en véritables détectives de l’invisible. Loupe à la main, ils ont inspecté les traces de dentifrice autour de l’évier, les poignées de porte, les recoins oubliés. Quatre semaines d’expériences, de jeux et de découvertes pour comprendre comment les maladies circulent, et pourquoi les gestes d’hygiène ne relèvent pas du simple rituel, mais d’une nécessité bien concrète. « Les enfants ont réalisé qu’ils ne pouvaient pas voir de bactéries », raconte Andrea Below, la directrice de la crèche. « Pourtant, elles sont bien là et peuvent nous rendre malades. »
BREF !
Voici ce qui a rythmé le projet d’hygiène à la maternelle :
- Des expériences scientifiques, des jeux et des sorties éducatives
- Des ateliers pour aborder l’hygiène de façon ludique avec les enfants
- L’implication active des parents
- Un objectif clair : moins d’absences pour maladie, chez les enfants comme chez les équipes pédagogiques
Au sortir de l’hiver, nombreux sont les parents à avoir eu l’impression que les virus faisaient des heures supplémentaires dans la crèche. Pourtant, la direction l’assure : la situation n’était pas pire que les années précédentes. Plutôt que de minimiser, l’équipe a décidé de prendre le problème à bras-le-corps et de faire de l’hygiène un fil rouge de leurs activités. Chaque membre du personnel a proposé un atelier, et tous ont collaboré à l’élaboration d’un protocole d’hygiène adapté à leur établissement, présenté ensuite aux familles.
Test du pain grillé moisi
Dès le début, deux éducateurs ont lancé les festivités avec une pièce de théâtre de marionnettes. Puis, place aux expériences : toucher du pain grillé avec des mains propres puis sales, observer laquelle des tranches moisit le plus vite. Autre atelier marquant : les enfants trempent leurs mains dans de la farine, laissent des traces partout, et réalisent à quel point « la farine s’accroche partout, tout comme les bactéries… mais elle s’enlève aussi facilement avec un bon lavage ». Les plus jeunes fabriquent du savon eux-mêmes, créent des bactéries en feutrine, décorent des affiches colorées avec les règles principales, et entonnent des chansons sur l’art de bien se laver les mains. Ils s’exercent aussi à la bonne manière de tousser, et découvrent l’importance d’un lavage de nez et de dents efficace.
Dörte Göritz, de la Professional Association for Health Service and Welfare Care (BGW), rappelle que toutes les règles d’hygiène ne peuvent pas être appliquées au millimètre dans une structure d’accueil. Idéalement, les éducateurs devraient se désinfecter les mains après chaque contact rapproché, mais la réalité du terrain impose des choix. Certaines pratiques, en revanche, ne souffrent d’aucune exception : « Après les toilettes et avant de manger, il faut systématiquement se laver les mains ». Sensibiliser enfants et adultes au mode de transmission des maladies, d’après elle, génère de véritables déclics, parfois même chez les plus grands.
La crèche Filia l’a constaté : avant ce projet, il arrivait qu’un enfant file jouer après la salle de bain sans passer par la case lavabo. Depuis, le réflexe est acquis. Les professionnels portent un tout autre regard sur le sujet, et Andrea Below a tenu à associer les familles : « Ce n’est qu’en agissant ensemble qu’on peut préserver la santé des enfants. » Dans une lettre adressée aux parents, elle les invite à prévoir des sous-vêtements propres et, surtout, à ne pas confier un enfant malade à la crèche.
Les parents aussi mettent la main à la pâte
Pour renforcer le propos, les métiers des parents ont été mis à contribution. Une mère, chercheuse à l’université, a apporté un microscope pour examiner l’eau d’un étang. Les enfants, fascinés, ont compté les organismes qui y nagent. Un père, dentiste, est venu parler d’hygiène bucco-dentaire et montrer les bons gestes à adopter. En clôture, chaque enfant a participé à un quiz et reçu une médaille pour sa participation.
Dörte Göritz en est convaincue : quand les crèches prennent à cœur la question de l’hygiène, la fréquence des infections diminue de façon tangible. À la maternelle Filia, le rendez-vous est déjà pris : « Ce projet, nous allons le renouveler chaque année ». Car au-delà de l’apprentissage, tout le monde y a pris goût, enfants, professionnels et parents confondus.
PLUS D’INFORMATIONS SUR LE SUJET
Pour aller plus loin, quelques ressources à consulter :
- « Plan de protection de la peau et d’hygiène des mains pour le personnel de garde » ; Brochure BGW à télécharger à l’adresse suivante : www.bgw-online.de
- Pour des conseils d’hygiène, rapprochez-vous du service de santé de votre collectivité
- Brochure « Hygiène des mains dans les garderies » de KUVB ; disponible sur : www.kuvb.de
MESURES D’HYGIÈNE À NE PAS NÉGLIGER EN COLLECTIVITÉ
Voici les pratiques à privilégier pour limiter la propagation des micro-organismes en structure d’accueil :
- Se laver et se désinfecter les mains à intervalles réguliers
- Privilégier les distributeurs de savon liquide, sans colorant ni parfum si possible
- Portez toujours des gants de protection lors du change ou en cas de vomissements
- Utiliser uniquement des serviettes en papier aux toilettes
- Vider les poubelles à couches fréquemment
- Séparer, étiqueter et ranger les brosses à dents pour éviter qu’elles ne soient accessibles à tous
- Réviser et ajuster régulièrement le plan d’hygiène de la structure
Un projet d’hygiène à la crèche, ce n’est pas qu’une affaire de règles : c’est un tremplin vers de nouveaux réflexes, une dynamique où chacun, petit ou grand, devient acteur de la santé collective. Et si, chaque année, ce type d’initiative faisait tomber un à un les préjugés sur l’invisible, pour mieux protéger le quotidien ?

